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Coïtude

J’ai dans la queue des pourquoi qui anguillent Dans l’air De longs tétards qui saignent des larmes de vase Amère J’ai l’étant qui s’ensperme et le coït qui doute Ma terre a la chair  faible l’homme a bouffé Sa croûte
A quoi bon des semailles Qui germeront sous verre Atrophiées des entrailles Prisonnières sous la serre
Je veux jouir sans semence dans des calices Stériles Aimer sans rejetons jeter ma gourme Aux arbres Fertiliser les champs de mes poussières D’argile Semer mon ADN  loin des sanctuaires De marbre
La  bourse reine mitraille De grenades numéraires La vie qui s’encobaye des petits d’homme de terre
ça bouscule mes reins sur des riens dedemain Niquer tous les banksters en leur laissant la dette faire l’amour à ma femme en partageant le gain de l’unique plaisir qu’aucune carte n’achète
J’ai dans la queue des pourquoi qui se cognent J’aère De longs tétards qui saignent des larmes de vase Amère J’ai l’étant qui s’ensperme et le coït qui doute Ma terre a la chair  faible l’homme a bouffé Sa croûte ©CD

L'engoulevent

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L'oiseau qui boit le vent en volant...
    (L'engoulevent dont le nom me plaît beaucoup est devenu l'emblème des landes du Morbihan)





La nuit, il ronronne...

Never mind....

Texte : Cécile Delalandre
Musique et arrgts : Bertrand Lacy

Kissland

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Dominique Hoffer
C'est un Mercremanche, jour de pot-au-feu, que j'ai pris ma décision. Longtemps je l'avais gravée sur ma pierre, mais longtemps, je ne l'avais pas décidé. C'est le fumet des carottes et du poireau qui a sans doute poussé l'escampolette à l'extérieur de moi. Ces fumeuses odorantes volutes se sont glissées en douce de mes narines à mes esgourdes, et sont venues tacler mon humeur de ce gras matin de Mercremanche. J'ai entendu : Pars! Je suis partie. Donc.
J'ai pris mon short, mon calame, un tonneau de vin et une casquette de capitaine. Sur le quai de mes brumes, j'ai acheté un bateau, hissé ses voiles, chatouillé sa brigantine, escaladé le mat de misaine, mais rien, rien n'a même gigoté sous la houle. L'embarcation ne bougeait pas d'une vague. Peine perdue en effet, on ne m'avait pas précisé qu'il s'agissait d'un navire à air comprimé. Je dus donc louer les services d'une centaine d'accordéonistes …

ADN

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Epigenetics, Matthew Forsythe

La molécule reine a bâti sa spirale pour sceller dans l’espèce l’estampillé dédale d’un génome dont l’empreinte à l’ancre d’un index S’est fixé à jamais sur les pages d’un codex.
J’aurais pu naître fleur, m’empétaler la vie déployer mon calice à des champs éblouis Me laisser effeuiller par une fille en fleur espérant sur ses lèvres d’un amour la liqueur.
J’aurais pu naître chêne pour que dans ma ramure
Chante tout l’univers quand le vent y murmure Ou caresser le ciel de mon feuillage malin Qu’un couple de mésanges aurait rendu taquin
J’aurais pu naître lionne sur la terre d’une Afrique
Et chasser l’antilope en une course lyrique Où rugirait Berlioz comme un Faust damné Qu’une morsure de diable aurait déchiqueté
J’aurais pu naître vers et labourer la terre
Comme une vieille charrue que pousseraient mes frères mes anneaux serpentins traceraient un sillon Où le bec de la pie y trouverait mouron
Comme la fleur, le chêne, la lionne ou bien le vers
J’ai dans ma chair des nu…

Jumièges

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On est Dimanche, il est dix heures. Jeanne Décosse est arrivée hier de Paris par le train de dix-huit heures trente-quatre. Sa sœur Charlotte est venue avec son fils Paul la chercher à la gare de Rouen. Elle a dormi chez elle à Sainte-Marguerite sur Duclair. Elle s'est levée tôt ce matin. Sa sœur lui a prêté sa voiture. En arrivant à Jumièges, elle s'est garée sur la petite place de la mairie. Elle a claqué la portière, machinalement. Au même instant, une brise imprévue est venue surprendre ses narines. Ce souffle furtif avait la saveur âpre de l’encre. Il a surgi hors d'elle comme ça et comme si pourtant il avait toujours été en elle. Vestige ignoré de ses autres instants, ceux d'avant, peut-être. Pas bien compris d’où venait cette odeur, ça l’a un peu troublée, mais vite, elle a oublié. D’un café, oui, Jeanne avait envie. La petite place était calme comme une pomme verte dans l’herbe rouge, coquette et fleurie comme un cottage anglais. Inutile de mentionner les façades…

Brouillard au pays des loups

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Aussi épais qu'une ignorance battue en neige. Pire! un énorme grumeau coagulé par une effrayante farine de néant ! C'est à ça que ma petite tête d'enfant a confusément pensé quand ce gros nuage s'est planté sur notre route. 
Ce brouillard là, c'était une écrasante nappe blanche, opaque, plus opprimante qu'une nuit noire et nous, on était dedans, perdus, aveugles. De la ouate sans contours ni limite, si dense qu'à tenter d'y pénétrer, elle faisait craindre la chute.
Chut !...  il s'est dit ça mon petit coeur, partagé entre cette frayeur et cette sibylline attraction. L'oracle guettait… Obscurément, je la savais résistante cette vieille Citroën Traction Avant dans laquelle nous avions embarqué mon père, ma mère et mes six frères et sœurs.
Dans le terrier de mon lapin blanc, je l'avais baptisée « la mouche aux gros yeux noirs ». Je l'aimais bien cette bagnole. Elle était mon arbre à cames, forte comme un coinceur, de celui qui s'accroche…